Fenêtre ouverte sur le Chardonnay de St-Somin

Henri Jammet, un passionné du vin et de l'œnologie, est toujours en quête de perfection quand il s'agit de vinifier. Il souhaitait donc élaborer le meilleur vin de pays possible, en mettant en place les meilleures conditions. Grâce à une idée très innovante, du moins dans le vignoble charentais, il va pouvoir réaliser son rêve avec l'aide de 65 partenaires, qui se sont engagés dans un contrat de souscription, pour l'exploitation d'une vigne de chardonnay de 80 ares, plantée sur la commune de St-Sornin.

"La Fenêtre" : c'est le nom d'un coteau planté de vignes et qui culmine à plus de 230 mètres. Ce coteau est situé en Montbronnais, "la petite Suisse charentaise", si l'on en croit les gens du pays. Et les vignes, comme beaucoup d'autres, exposées au levant, fournissent, en majeure partie la cave coopérative de St-Sornin. Hormis ce particularisme viticole, en pleine Charente-Limousine, rien d'extraordinaire à première vue. Pourtant en arpentant les chain[res, on tombe rapidement sur une anomalie dans le paysage : une vigne plantée à forte densité, avec des allées d' 1 mètre seulement entre les rangs, comme dans les meilleures appellations de Bourgogne.
C'est une vigne de chardonnay récemment plantée par Henri fammet, habitant du hameau le plus proche, et connu de nombreux producteurs de vin de pays charentais, en tant que président de la coopérative de StSornin.

"Mon idée, c'était d'essayer de faire le meilleur vin possible, en travaillant dans les meilleures conditions. A savoir : le mode de conduite le mieux adapté à la qualité, et une vinification avec les outils les plus performants. J'ai choisi un cépage blanc pour ne pas être en concurrence avec la coopérative qui ne vinifie que des rouges et plus spécifiquement du chardonnay. Un cépage utilisé dans les grandes appellations, et caractérisé par des arômes délicats, assorti à une finesse de
 

goût incomparable. La densité de plantation étant le premier élément d'une démarche qualité, j'ai opté pour une densité à 10 000 pieds/hectare, certainement la seule du genre, en Charente", explique Henri Jammet en préambule.

UNE SOUSCRIPTION DE 500 EUROS

La suite de l'histoire c'est qu'un projet de ce type a un coût, difficile à supporter, surtout dans un cadre expérimental. Le vigneron de St-Sornin, après avoir fait l'acquisition de petits pressoirs hydrauliques, d'une cuve inox "à chapeau" et de barriques de chêne neuves, a donc continué dans une voie originale et innovante, côté financement. "L'idée nous est venue avec ma femme de lancer une souscription, pour associer des amateurs de vin à l'aventure. Et à notre grande surprise, beaucoup ont répondu à notre offre" confie, encore étonné, Henri Jammet. Aujourd'hui, ils sont 65 à posséder des parts, de 500 euros chacune, dans l'entreprise "Chardonnay à la Fenêtre". Ces parts, mises à la disposition de tout souscripteur, sont garanties par un contrat de prêt. Le contrat est enregistré, très officiellement, à la recette des impôts locale. Il est conclu pour une durée minimale de cinq ans et l'on a décidé que les intérêts des parts seraient calculés, sur la base d'un taux de 4%, indexé

 

sur le taux du livret A. Ainsi à partir de 2003, chaque apport de 500 euros donnera droit à des intérêts, à hauteur de 20 euros. Chaque fin d'année venue, le paiement des intérêts se fera, sous forme liquide, au cours d'une rencontre de dégustation avec l'ensemble des partenaires, sur la propriété. Ceci, afin de déterminer une évaluation du prix de la bouteille, suivant les différentes cuvées. Les bouteilles seront remises lors de cette rencontre et de cette dégustation. Le premier vin des souscripteurs a été vendangé en 2002. Il est aujourd'hui "hébergé" dans des barriques de chêne, à l'abri des écarts de température, dans une superbe cave voûtée, quelque part à St-Sornin. Ils sont donc 65 amis du vin, à attendre la dégustation 2003 avec une certaine impatience. Henri Jammet, quant à lui ne reste pas inactif. Les rares loisirs que lui laissent la cave de S-Sornin, il les passe à arpenter les 70 rangs de la vigne de "La Fenêtre", qu'il cultive manuellement. Mais ses associés peuvent dormir tranquilles, leur capital est entretenu avec soin et les chardonnay, dont les grappes sont déjà en fleur, ont une mine superbe.

G.G. - Terre de Cognac - Mai 2003